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Une chronique de Constance Duret

Yoga dans le Mercantour : ce que j'aurais dû vérifier avant

La première fois que j'ai posé mon tapis au-dessus de la vallée de la Tinée, j'ai senti l'altitude me tirer les épaules vers le haut avant même la première inspiration.

Constance Duret, Kinésiologue et formatrice en yoga postural·Mis à jour : 26 août 2026·9 min de lecture

Yoga dans le Mercantour : ce que j'aurais dû vérifier avant

Yoga dans le Mercantour: ce que j'aurais dû vérifier avant

Le souffle était court, les côtes moins mobiles, le bas du dos un peu plus verrouillé qu'à l'habitude. J'avais tout prévu pour la posture: alignement, fascias, charnière de hanche. Rien pour ce que le terrain exigeait de moi.

C'est en redescendant que j'ai compris mon angle mort. Avant de chercher l'asana, c'est le cadre qu'il faut interroger: où poser le tapis, à quelle heure, avec quel matériel, dans quel périmètre protégé. Dans le cœur du Parc national du Mercantour, l'improvisation a un prix — et il n'est pas que symbolique.

Le Parc national du Mercantour ne se confond pas avec un terrain vague amélioré. Il y a d'un côté le cœur — la zone de protection la plus stricte — et de l'autre l'aire d'adhésion, où les communes adhèrent à la charte du parc tout en conservant une pression réglementaire plus légère. Quand on parle de « yoga dans le Mercantour », il faudrait d'abord préciser: cœur ou aire d'adhésion? La nuance change tout, à commencer par ce qu'on a le droit de poser au sol à la tombée du jour.

Une grande partie des itinéraires les plus photogéniques — autour du Boréon, de la Madone de Fenestre, des lacs de Vens ou du vallon de la Roya — traverse ou frôle le cœur. C'est précisément là que la réglementation se resserre, et c'est précisément là que nous tendons à vouloir dérouler le tapis au lever du jour. Si vous pensiez pouvoir improviser une nuit en tente avant une pratique au sommet, il faut lire l'arrêté avant la carte.

Dans le cœur du parc, le camping sauvage est strictement interdit. Seul le bivouac est toléré, sous trois conditions cumulatives: entre 19 heures et 9 heures du matin; à plus d'une heure de marche des accès routiers ou des limites du cœur; sans aucun aménagement du sol. Concrètement, pas de saignée de drainage creusée pour évacuer l'eau sous la tente, pas d'assemblage de pierres ou de branchages pour caler un tapis ou délimiter un coin de pelouse alpine.

Pour nous, pratiquants, cela donne un cadre très lisible:

ÉlémentRègle en cœur de parcConséquence concrète
Camping sous tente (nuit complète)InterditPrévoir gîte, refuge ou bivouac réglementaire
Bivouac légerToléré 19h–9hMontage au crépuscule, démontage à l'aube
Distance minimalePlus d'1 h de marche d'un accès routier ou de la limite du cœurChoisir son spot en conséquence, pas au pied du parking
Aménagement du solInterdit (creusement, cairns, branchages)Tapis posé tel quel sur la roche ou l'herbe
Dans le cœur du parc, votre tapis n'efface pas la réglementation: il s'y inscrit.

Le chien, même en laisse, reste à la porte du cœur

C'est l'erreur la plus humaine, et probablement la plus coûteuse symboliquement. Vous avez un chien, vous aimez marcher avec lui, vous pensez qu'une laisse suffit à contenter la faune. Dans le cœur du Mercantour, non. Les chiens sont totalement interdits dans la zone cœur, même tenus en laisse, pour protéger la faune sauvage — et en altitude, la faune sauvage va du lagopède alpin au chamois dont les mises bas sont particulièrement sensibles au dérangement canin. L'odeur seule d'un chien, transportée par le vent sur plusieurs centaines de mètres, suffit à faire quitter une zone de gagnage à un ongulé fragile.

Ce n'est pas une mesure de confort pour le randonneur solitaire, c'est une mesure de survie pour l'écosystème. Concrètement, si votre itinéraire traverse le cœur, votre chien reste à l'entrée du périmètre ou au véhicule. Et la laisse, ici, n'a aucun poids réglementaire: la règle est binaire. Si vous voulez vivre un moment de yoga avec votre animal, choisissez un parcours en aire d'adhésion, jamais au cœur. Mieux: laissez votre compagnon à la maison pour les sorties en altitude sensible. Vous profiterez de votre proprioception sans la partager avec un nez qui capte tout avant vous, et l'animal — soyons honnêtes — préférera de toute façon le confort d'un sol plat.

Le sol et les sites gravés: l'éthique silencieuse du pratiquant

Le site des Merveilles et de Fontanalba fait partie de ces lieux qu'on ne traverse pas avec un tapis de yoga, fût-il en matériau recyclé ou en coton bio. Le bivouac y est strictement interdit, pour une raison qui dépasse la randonnée sportive: on y protège des gravures rupestres vieilles de plusieurs millénaires, témoins d'un rapport au monde bien plus ancien que le nôtre. Chaque coup de piolet hasardeux, chaque pierre retournée, chaque cairn de stabilisation peut recouvrir ou rayer une figure qui a survécu trois mille ans.

L'erreur classique, c'est de penser qu'un lieu « classé » est un lieu où il fait bon s'arrêter. Au contraire, plus le lieu est sensible, plus notre pratique doit se faire mobile, sans halte prolongée, sans aménagement. Empiler trois pierres pour poser une bougie, marquer son emplacement au ruban pour « retrouver son tapis » au retour, s'asseoir longuement dans une zone gravée: ce sont des gestes qui paraissent innocents et qui, multipliés par des centaines de passages, effacent ce qu'ils prétendent honorer.

Pour un kinésiologue formé à l'écoute du corps, la comparaison est presque trop facile: sur le tapis comme en montagne, ce qu'on installe sans le vivre finit par peser sur ce qui le supporte. La règle d'or: dans le cœur du parc et sur les sites classés, on pratique debout ou assis sur un replat rocheux déjà existant, on ne modifie rien, on ne marque rien. On laisse l'empreinte minimale — exactement comme on apprend à le faire dans une posture tenue longtemps, où le silence postural finit par peser plus lourd que le mouvement.

Ce que l'altitude fait à votre corps avant de toucher votre posture

Voilà le point que la plupart des articles oublient, et que mon métier de kinésiologue me rappelle à chaque saison: avant de parler réglementation, le yoga à 2 000 mètres parle d'abord physiologie.

À cette altitude, la pression partielle d'oxygène baisse. Votre fréquence respiratoire augmente spontanément, et paradoxalement votre expiration devient plus courte que votre inspiration. Beaucoup de pratiquants compensent en creusant les lombaires — pour « ouvrir la poitrine », comme ils disent. Mauvaise idée: le diaphragme a déjà plus de mal à descendre, votre fascia thoracique est plus tendu, et cette compensation creuse un déséquilibre que vous paierez le soir en bas du dos et en sommeil fragmenté. Ajoutez à cela l'air plus sec, qui déshydrate les fascias sans qu'on le sente tout de suite, et vous avez tous les ingrédients d'une pratique qui se retourne contre vous au bout de quarante-huit heures.

Quelques ajustements concrets que j'applique systématiquement quand je guide un stage en altitude, et que vous pouvez intégrer à votre propre pratique:

AjustementEffet recherché
Allonger l'expiration (ratio 1:2 inspire–expire)Recalage du système nerveux parasympathique, détente du fascia thoracique
Chauffer les hanches avant toute flexion avantMobilité synoviale, surtout après port du sac à dos
Réduire ou éviter les postures inverséesPression intracrânienne plus marquée, vertige favorisé par la moindre oxygénation
Hydratation matinale avant la pratiqueSang plus fluide, meilleure oxygénation tissulaire
24 h d'acclimatation sans « grande séance »Laisser aux fascias le temps de digérer la route et l'altitude

Un réflexe à intégrer, et qui contredit l'instinct du pratiquant impatient: ne programmez jamais votre grande séance le premier jour. Laissez le corps s'acclimater. Vos fascias portent encore l'empreinte de la route, du véhicule, du sac trop lourd. Forcer une posture profonde le J1, c'est inviter la blessure que vous traînerez les trois jours suivants. La patience est ici une posture à part entière — et probablement la plus difficile à tenir pour un enseignant habitué à « donner ».

Le prix de l'improvisation — et ce qu'il révèle

L'arrêté n° 2018-07 du 1er juin 2018 encadre précisément le bivouac dans le cœur du parc. Le non-respect de la réglementation concernant le camping non autorisé expose à une amende pouvant atteindre 450 €.

Ce n'est pas l'aspect financier qui me préoccupe le plus, même s'il est réel pour un pratiquant qui a déjà investi dans un billet, un gîte, un guide ou une location de matériel. C'est la logique qu'il révèle. Quand on arrive dans un espace protégé avec ses habitudes de studio — tapis, enceinte, huile essentielle, coussin — sans avoir relu la charte ni compris le périmètre, on impose au lieu notre mode d'emploi. Or, le cœur d'un parc national n'est pas un studio à ciel ouvert. C'est un habitat, occupé par des espèces qui ne négocient pas leur droit à ne pas être dérangées. L'amende, dans ce cas, n'est qu'un symptôme: la vraie sanction, c'est la perte progressive de ce qui rend la montagne worth practicing in.

Pour un pratiquant de yoga, cette inversion de regard a quelque chose de très concret. Nous travaillons chaque matin à écouter notre corps, à respecter ses signaux, à ne pas le forcer. Nous entraînons notre proprioception à devenir un outil d'attention au vivant. Alors, utilisons aussi cette proprioception pour lire un panneau, une carte IGN, un arrêté préfectoral. Le même muscle s'exerce des deux côtés — et c'est précisément cette continuité qui fait du yoga une pratique de la vie, pas seulement une pratique du tapis.

Le tapis vous a appris à sentir le sol: apprenez aussi à sentir la règle qui le protège.

Je ne dis pas qu'il faut renoncer à la magie d'un adho mukha svanasana face à un sommet du Mercantour. Je dis que cette magie-là se gagne d'abord par l'attention portée au cadre qui la rend possible. Vérifier le périmètre, respecter le sol, anticiper la météo, accepter que le chien reste à la maison, descendre la tente avant 9 heures. Cinq gestes simples, cinq preuves d'attention — et votre tapis retrouve, en altitude, la même noblesse qu'en studio. C'est peut-être même là, dans cette humilité-là, que le yoga en montagne cesse d'être un décor. Il devient un dialogue.

Questions fréquentes

Peut-on faire du camping sauvage dans le cœur du Parc national du Mercantour ?
Non, le camping sous tente est strictement interdit. Seul le bivouac léger est toléré entre 19 heures et 9 heures du matin, à plus d'une heure de marche des accès routiers ou des limites du cœur, sans aucun aménagement du sol.
Les chiens sont-ils autorisés dans le cœur du parc ?
Non, les chiens sont totalement interdits dans la zone cœur du parc, même s'ils sont tenus en laisse, afin de ne pas perturber la faune sauvage.
Quels sont les risques pour la santé lors d'une séance de yoga en altitude ?
L'altitude réduit la pression partielle d'oxygène, ce qui peut entraîner une respiration courte, une déshydratation des fascias et des vertiges. Il est conseillé d'allonger l'expiration, de s'hydrater et de prévoir une période d'acclimatation de 24 heures avant une séance intense.
Peut-on pratiquer le yoga sur le site des Merveilles ?
Le bivouac y est strictement interdit pour protéger les gravures rupestres. La pratique doit y être mobile, sans halte prolongée ni modification du terrain.
Quelle est l'amende encourue en cas de non-respect de la réglementation sur le bivouac ?
Le non-respect de la réglementation concernant le camping non autorisé dans le cœur du parc expose à une amende pouvant atteindre 450 euros.